Les origines

Estampe de Bagelaar (1817)

L'existence du village de Saive est attestée depuis le IXes. puisque cité dans la « Chronique des Évêques de Toul » (voir l' historique du village). Nous savons aussi qu'une sépulture mérovingienne (vers 700 ap. J.-C.) fut exhumée en 1911 lors des travaux d'élargissement du sentier d'accès à la ferme castrale mais qu'il faut cependant attendre la fin du XIIIes. pour trouver une trace écrite du château (Précisément en 1279, dans l'acte de fondation de la paroisse de Saive).
Toutes ces informations et l'examen des ruines actuelles nous permettent de supposer que la construction du château en pierre tel qu'on peut encore en voir une bonne moitié aujourd'hui, débuta dans les premières décennies du XIIIe siècle.

La résidence des seigneurs de Saive

Vue d'ensemble du côté Nord (fin du XIXe s.)

Le premier personnage historique du village s'appelle Jean de Jupille. Il était chanoine de la cathédrale Saint-Lambert de Liège mais surtout le fondateur de la paroisse de Saive (1279). Pourtant ce devrait être son père, Wéry de Jupille, qui joua le rôle essentiel dans la construction du château. Ayant la garde d'une partie de l' ancien domaine carolingien de Jupille, il en aurait profité pour se l' accaparer, établir une seigneurie et y bâtir ou à tout le moins, Agrandir le point de défense local pour en faire une forteresse redoutable.

L' histoire du vieux château de Saive va se conjuguer ensuite avec celle de la Principauté de Liège dont il était l'une des places fortes. Durant le XIVes., la famille Charneux succède à celle de Jupille. Le premier de la lignée fut Gilles de Charneux (chevalier et signataire de la Paix de Fexhe en 1316). Ensuite viennent : Frambach de Birgel (1416-1438), Arnold de Hoemen (1433-1451) puis Adam de Harff (1451-1458).

Le donjon, côté Ouest (fin du XIXe s.)

La famille Ryckel rachète la seigneurie en 1458. A partir de cette époque, toute la région va subir la guerre civile qui dévaste la Principauté. Jean de Ryckel se met au service du redouté Guillaume de La Marck dit "Le Sanglier des Ardennes". Celui-ci, durant de longues années (fin du XVes.), va narguer le pouvoir des princes-évêques. Pendant quelque temps son frère Éverard de La Marck occupe le château redevenu forteresse de première importance (propriété de Adam de Clermont à l'époque). Il s'en sert comme camp retranché pour ses partisans. Le nouveau prince-évêque, Jean de Hornes, après l'exécution de Guillaume de La Marck (1485) exige en 1487 la destruction de toutes les forteresses autour de Liège, dont Saive, destruction heureusement partielle comme nous pouvons encore le constater aujourd'hui.
Les troubles apaisés, Arnold de Clermont relève la seigneurie (1508) et la vend à Josse Colloise (connu pour avoir développé l'exploitation de la houille notamment à Saivelette).

Le puits et la tour de la chapelle (avant 1890)

En 1590 arrive Mathieu de Monsen. Personnage hors du commun, il sera poursuivi toute sa vie par des prétendants à la seigneurie, dont Gérard de Fléron. Suite à de véritables luttes armées entre les deux camps, la forteresse saccagée doit être en partie reconstruite.
A partir de 1620, le donjon est rénové de fond en comble (Remplacement des planchers, fenêtres, et toiture mais surtout rehaussement avec ajout des quatre échauguettes aux angles supérieurs). Mathieu de Monsen, mortellement blessé en 1622, sera contraint d'y vivre reclus jusqu'à son décès en 1629.

Blason de la famille Monsen

Son frère Denis de Monsen, guère plus chanceux, est assassiné en 1632. Sa veuve, Aldegonde Motmans, achève les travaux de rénovation du château vers 1640 et reprend la lutte contre les anciens rivaux de son beau-père (Elle finira par faire condamner les assassins quelques années plus tard).
Enfin son fils, Denis de Monsen (II) réussit à faire la paix avec tous ses ennemis. C'est à lui que l'on doit la reconstruction de la ferme castrale vers 1652 sur une partie des remparts en réutilisant certaines pierres du château. Les descendants de la famille Monsen, appréciés des habitants, poursuivent le développement du village jusqu'à la fin du XVIIes. Le dernier Denis de Monsen, mort en 1670, est enterré dans le chœur de l'église paroissiale Saint-Pierre de Saive sous une belle pierre tombale.

L'abandon et la ruine

La haute-cour toujours ceinturée de ses murs. Côté Sud (fin du XIXe s.)

Un des anciens manteaux de cheminée remonté dans le château Lannoy à Hun par Annevoie

En 1692, la seigneurie de Saive est vendue à Jean Ernest de Méan (chanoine de Saint-Martin à Liège), mais la famille Méan se fait construire un nouveau château (le château des comtes de Méan) en Cahorday et délaisse l'ancien (pourtant acquis définitivement par Pierre de Méan en 1729). Celui-ci va chercher à louer le vieux château en publiant une petite annonce dans un journal (L’Élite des Nouvelles) mais il ne trouvera malheureusement pas d'amateur.

Vers le milieu du XIXes., les propriétaires (la baronne de Copis) viennent récupérer les rares éléments décoratifs encore en état, entre-autres les manteaux de cheminée du donjon, dont l'un fut remonté en 1885, dans un autre château familial à Hun par Annevoie.

La belle et haute toiture du donjon s'écroule vers 1895, victime de la foudre et de sa vétusté.
Seule la ferme, occupée durant 105 ans par la famille Volders, demeure en activité jusqu'au départ de son dernier exploitant en 1986.

Le devenir

La ferme et l'accès sud vers le village. © IRPA-KIK

Journées du Patrimoine 2008 - Visites guidées

En 1971, le donjon est classé comme monument et le reste des ruines comme site grâce au dynamisme de l' ASBL « Le Vieux Saive » animée par Georges Abraham a qui l'on doit beaucoup concernant nos connaissances sur l'histoire locale.

Ensuite, deux campagnes de fouilles archéologiques sont effectuées au château :
La première en 1976, menée par Marcel Otte, professeur à l' ULg et centrée sur la haute-cour.
La seconde dirigée par Pascal Depaepe (ULg) de 1989 à 1991 et l'Association pour la promotion archéologique du Pays de Herve. Elle permettra une première esquisse des remparts manquants (zone sud-ouest).

Le site est acquis en 1987 par M.et Mme Herrmann. Ces férus d' histoire ancienne ont rénové patiemment l' ancienne ferme et ses dépendances avec brio.
En 2008, des bénévoles passionnés et motivés créent l' ASBL «Les Compagnons du Vieux Château». Celle-ci s'active depuis à sauvegarder et promouvoir les ruines du château.

Sources :
Edouard Poncelet, La seigneurie de Saive, extrait du Bulletin de l'institut archéologique liégeois - tome XXII, 1891
Adrien Valentiny, La seigneurie de Saive, mémoire de Licence ULg, 2006